Je vous regarde et vous observe

Je vous regarde et vous observe.  Tu es fâchée contre lui.  Ça se sent.  Tant bien que mal, il essaie d’apaiser ta colère, ce qui ne fait que t’énerver encore plus.  Je te regarde et je t’observe.  J’avoue que je te juge aussi.  Toi, intolérante, colérique, incapable de pardonner, tu as trouvé chaussure à ton pied.  Celui qui t’aime non seulement malgré, mais surtout pour tout ce que tu es : belle, franche, vraie et indocile.  Je le regarde et je l’observe.  Tu l’irrites, je le vois bien.  Il voudrait te dire ce qu’il pense réellement.  Mais je suis là, voyeuse de votre chicane silencieuse, et il n’ose rien dire.  Il pose délicatement une main sur ton dos, qui se veut rassurante.  Tu te raidis et tu prends tes distances.  J’ai presque de la peine pour lui parce que j’ai compris le geste.  Il veut te faire comprendre que malgré tout, il restera.

Je vous observe et je vous envie.  Au fait, c’est vraiment toi que j’envie.  Moi je n’ai jamais réussi à les faire rester.  Ils m’aiment parce que je suis accommodante, malléable, tolérante, généreuse et pleine de ressources.  Ils m’aiment pour quelques instants, parfois même quelques années, mais c’est toujours à condition de.  Toi tu te dévoiles rapidement, dès les premiers moments.  Tu es impatiente et fais rarement de compromis.  Je l’ai entendu t’appeler une drama queen.  Il l’a dit d’un ton moqueur et l’a dit avec fierté.  Tu es celle qui s’emporte lorsqu’il fait un faux pas.  Tu es celle pour qui il veut être un meilleur homme.  Et moi je te regarde et je t’envie parce que je ne sais pas comment tu fais.

Je n’ai pas encore eu cette chance.  Je ne suis pas la fille pour qui on fait l’effort.  Je suppose que c’est ma faute.  Je voudrais qu’on m’aime.  J’aime beaucoup trop.  Je fais des compromis qui deviennent rapidement des concessions.  Je suis celle qui sourit inconfortablement quand leurs mots me blessent.  Je reste silencieuse.  J’en laisse souvent trop passer.  On me le dit continuellement.  J’ai compris que c’était un reproche.  Tandis que moi je le fais pour qu’on m’aime mieux.  Je me rends invisible pour les laisser briller.  Le problème c’est que lorsque je réapparais, vraisemblablement je dérange.  Comme ces nids de poule qu’on essaie d’éviter, les gens ne veulent pas tomber pour moi.

Quelquefois j’atteins un trop plein et là je me fâche pour toutes ces fois où j’en ai laissé passer.  C’est là que la condition de leur affection se fait claire.  « Je suis prêt à t’aimer mais à condition que tu ne me demandes rien en retour ».  C’est apparent et ça fait mal.  Je suis celle qu’on tolère mais pas celle qu’on aime aveuglément.

Je t’observe et je t’envie.  J’aimerais avoir ta force de charactère.  Ton habileté de demander exactement ce que tu mérites.  Ta confiance de savoir que ce que tu as à offrir est le meilleur de ce qu’il peut espérer recevoir.  J’aimerais être comme toi et ne pas prendre la responsabilité de ce qui cloche dans mes relations.  J’aimerais croire quand toi-même tu me consoles en me disant « ce gars-là ne te méritait pas ».  Au fond de moi je sais bien qu’en réalité c’est plus facile pour eux de mettre le blâme sur mes manquements que d’admettre leur faiblesse d’aimer une femme comme moi.  Le problème c’est que je n’assume pas.  Et lorsque que je te vois piquer ta crise, pendant qu’il essaie de trouver les bons mots et les bons gestes pour se faire pardonner, moi je me rappelle toutes les fois où l’on m’a dit que ma vulnérabilité dérangeait.

Je te regarde et je t’envie parce que toi tu as compris que le « power » c’est toi qui l’avait.  Parce que toi tu t’entoures de monde qui t’admire et t’apprécie.  Parce que tu ne donnes pas ton attention à ceux qui ne le méritent pas.  Parce que tu oses t’afficher tel que tu es : c’est à prendre ou à laisser.  Tu ne t’isoles pas et ériges un mur autour de toi de peur d’être blessée.  Tu refuses d’entendre cette petite voix mesquine qui te dit que tu n’es pas assez belle, assez mince, assez gentille, assez… pour que le monde se donne la peine de te connaître.  Simplement dit : tu t’en câlisses.

Je continue à te regarder et je souris.  Je sais que ce soir vous vous disputerez.  Tu diras des choses méchantes et tu refuseras de t’excuser.  Il t’accusera d’être inflexible et menacera de partir.  Il y a surement une partie de toi qui a peur de le perdre mais au fond de toi tu sais bien qu’il passera l’éponge.  Tu vas peut-être même promettre de changer, en sachant très bien qu’il t’a connue comme ça et qu’il devra vivre avec.  Tu essaieras pendant quelques temps d’être plus douce, plus patiente, plus indulgente.  Mais tu lui piqueras une autre crise.  Il ira se plaindre à ses amis.  Eux aussi souriront, parce qu’ils savent comme moi, que lorsqu’il t’accuse d’être drama queen, c’est avec fierté qu’il le fait.

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